L’héritage des saints

par le P. Mauro Giuseppe Lepori, abbé général de l'Ordre cistercien

Marcos Pou, joven de camiseta blanca, sonríe girado hacia la cámara en una reunión con refrescos y comida al fondo

Marcos participait aux Exercices, le seul qui ne fût pas prêtre, et j’avais été très frappé par sa passion attentive et fervente pour Jésus-Christ, par la beauté de son « oui » à la vocation qu’il commençait à suivre après sa licence en physique. Il rayonnait d’une prédilection du Seigneur, comme Jean, le « disciple que Jésus aimait », et il transmettait à tous ce sentiment de prédilection. Tous les témoignages sur lui qui résonnent ces jours-ci confirment ce que j’ai ressenti pendant les Exercices. Le soir même du jour où nous avions terminé les Exercices, mémoire de Notre-Dame de Lourdes, Marcos entrait au séminaire de Barcelone. Le lendemain, il m’a écrit un courriel pour me remercier, pour me demander de ne jamais aller en Catalogne sans que nous nous voyions et pour me promettre sa prière pour mon ministère. Mais surtout, dans ce message, il me racontait une petite expérience qu’il avait vécue ce matin-là et qu’il présentait comme un exemple de la manière de transposer dans sa vie quotidienne un point sur lequel j’avais insisté pendant les Exercices : « Vos leçons m’accompagnent déjà dans les premières difficultés du séminaire. D’un coup, je les affronte avec une perspective plus positive ; il faut prier pour que cela continue ainsi. Comme en sortant de la douche ce matin : il n’y a que 2 minutes d’eau chaude, et ma chambre est le pôle nord. Je suis donc sorti de la douche à 6 h 45 du matin avec une première réaction de colère, mais à ce moment-là je me suis souvenu des « patiences » et cette parole m’est venue à l’esprit, comme si le Christ lui-même me la disait : « Mais ne désirais-tu pas me donner ta vie ? Et cela ne fait-il pas partie de la forme qui t’est donnée pour me la donner ? », et je l’ai vécu avec goût. » (12.02.2015)

« Mais ne désirais-tu pas me donner ta vie ? Et cela ne fait-il pas partie de la forme qui t’est donnée pour me la donner ? »
Cette phrase de Marcos, maintenant que, neuf jours seulement après l’avoir écrite, Jésus a accueilli mystérieusement et totalement le don de sa vie — auquel il consentait déjà dans la banalité presque ridicule des circonstances quotidiennes, comme une douche froide —, m’accompagne continuellement et m’aide à avoir avec les circonstances un rapport qui en transforme le sens, et qui me convertit, au moins comme contrition du cœur pour tant d’innombrables circonstances, tant de rencontres, où j’oublie de voir et de vivre une occasion de donner ma vie au Christ, d’aimer le Christ, de laisser le Christ prendre ma vie, non pas en rêve, mais justement dans la réalité charnelle de la vie. Cette phrase dévoile, précisément comme le disait Marcos, le secret d’une vie pleine de goût : non pas parce que la circonstance serait différente de ce qu’elle est, non pas parce que l’eau de la douche deviendrait chaude miraculeusement, mais parce que chaque circonstance banale peut devenir une occasion d’accomplissement de la vie dans le don au Seigneur. La pensée de Marcos s’impose un peu à moi comme une « clé de transposition » de la vie du saint dans notre vie. L’héritage du saint qui peut devenir une plus grande plénitude de vie pour nous, c’est le témoignage et la méthode de son offrande. Nous ne sommes pas appelés à imiter tout ce qu’un saint a fait et vécu. Mais nous devons discerner, au cœur de tout ce qu’un saint a fait et vécu, le cœur palpitant de son offrande au Seigneur, ce petit ou grand oui à Jésus qui, en toute circonstance, banale ou tragique, te demande à brûle-pourpoint : « Mais ne désirais-tu pas me donner ta vie ? Et cela ne fait-il pas partie de la forme qui t’est donnée pour me la donner ? ». C’est cet élan de la liberté dans l’amour du Christ à l’intérieur de la circonstance présente qui est l’héritage vivant et vivifiant des saints que chacun de nous reçoit. C’est l’héritage du Christ mort et ressuscité que chacun de nous reçoit, et que chaque membre du Christ continue de transmettre.

Texte original en italien

Marcos era presente agli Esercizi, l’unico non sacerdote, e mi aveva molto colpito la sua passione attenta e fervente per Gesù Cristo, la bellezza del suo «sì» alla vocazione che iniziava a seguire, dopo la laurea in Fisica. Irradiava una predilezione del Signore, come Giovanni, il «discepolo che Gesù amava», e trasmetteva questo senso di predilezione a tutti. Tutte le testimonianze su di lui che risuonano in questi giorni confermano il sentimento che avevo durante gli Esercizi. La sera stessa del giorno in cui avevamo finito gli Esercizi, memoria della Madonna di Lourdes, Marcos entrava nel seminario di Barcellona. Il giorno dopo mi ha scritto un messaggio e-mail, per ringraziarmi, per invitarmi a non mai andare in Catalogna senza incontrarci, per promettermi la sua preghiera per il mio ministero. Ma soprattutto, in questo messaggio mi comunicava una piccola esperienza che aveva vissuto la mattina e che lui presentava come esempio di trasposizione nella sua vita quotidiana di un punto su cui avevo insistito durante gli Esercizi: «Le sue lezioni mi stanno già accompagnando nelle prime fatiche in seminario. Di colpo le affronto con una prospettiva più positiva; bisogna pregare che continui così. Come uscendo dalla doccia questa mattina, ci sono solo 2 minuti di acqua calda, e la mia camera è il polo nord. Così sono uscito dalla doccia alle 6:45 del mattino con una prima reazione di rabbia, ma in quel momento mi sono ricordato delle «pazienze» e mi è venuta alla mente questa parola, come se Cristo stesso me la dicesse: «Ma non desideravi darmi la vita? E questo non fa parte della forma che ti è data per darmela?», e l’ho vissuto con gusto.» (12.02.2015)

«Ma non desideravi darmi la vita? E questo non fa parte della forma che ti è data per darmela?»
Questa frase di Marcos, ora che solo dopo nove giorni che l’aveva scritta Gesù ha accolto misteriosamente e totalmente il dono della sua vita a cui già consentiva nella banalità quasi ridicola delle circostanze quotidiane, come una doccia fredda, questa frase ora mi accompagna continuamente e mi aiuta ad avere con le circostanze un rapporto che ne trasforma il senso, e che mi converte, almeno come contrizione del cuore per tante, infinite circostanze, tanti incontri, in cui mi dimentico di vedere e vivere un’occasione per dare la vita a Cristo, per amare Cristo, per lasciare che Cristo prenda la mia vita, non in sogno, ma appunto nella realtà carnale della vita. Questa frase svela, appunto come diceva Marcos, il segreto di una vita piena di gusto, non perché la circostanza sia diversa da quello che è, non perché l’acqua della doccia diventa calda miracolosamente, ma perché ogni banale circostanza può diventare occasione di compimento della vita nel dono al Signore. Il pensiero di Marcos mi si impone un po’ come una «chiave di trasposizione» della vita del santo nella nostra vita. L’eredità del santo che può diventare maggior pienezza di vita per noi è la testimonianza e il metodo della sua offerta. Non siamo chiamati a imitare tutto quello che un santo ha fatto e vissuto. Ma dobbiamo discernere al cuore di tutto quello che un santo ha fatto e vissuto il cuore palpitante della sua offerta al Signore, questo piccolo o grande sì a Gesù che in ogni circostanza, banale o tragica, ti chiede a bruciapelo: «Ma non desideravi darmi la vita? E questo non fa parte della forma che ti è data per darmela?». È questo scatto della libertà in amore a Cristo dentro la circostanza presente l’eredità viva e vivificante dei santi che ognuno di noi riceve. È l’eredità di Cristo morto e risorto che ognuno di noi riceve, e che ogni membro di Cristo continua a trasmettere.

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